Sélectionner une page

Heure d’automne – Émile Verhaeren

Le jardin du poète, Vincent van Gogh (1888)

Tableau : Le jardin du poète, Vincent van Gogh, 1888

C’est bien mon deuil, le tien, ô l’automne dernière!
Râles que roule, au vent du nord, la sapinière,
Feuillaison d’or à terre et feuillaison de sang,
Sur des mousses d’orée ou des mares d’étang,
Pleurs des arbres, mes pleurs, mes pauvres pleurs de sang.

C’est bien mon deuil, le tien, ô l’automne dernière!
Secousses de colère et rages de crinière,
Buissons battus, mordus, hachés, buissons crevés,
Au double bord des longs chemins, sur les pavés,
Bras des buissons, nies bras, mes pauvres bras levés.

C’est bien mon deuil, le tien, ô l’automne dernière?
Quelque chose, là-bas, broyé dans une ornière,
Qui grince immensément ses désespoirs ardus
Et qui se plaint, ainsi que des arbres tordus,
Cris des lointains, mes cris, mes pauvres cris perdus.

Texte : Wikisource · domaine public · lien affilié

Archives par mois