
Génie – Arthur Rimbaud

Il est l’affection et le présent puisqu’il a fait la maison ouverte à
l’hiver écumeux et à la rumeur de l’été, lui qui a purifié les boissons
et les aliments, lui qui est le charme des lieux fuyant et le délice
surhumain des stations. Il est l’affection et l’avenir, la force et
l’amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons
passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d’extase.
Il est l’amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et
imprévue, et l’éternité: machine aimée des qualités fatales. Nous avons
tous eu l’épouvante de sa concession et de la nôtre: ô jouissance de
notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour
lui, lui qui nous aime pour sa vie infinie…
Et nous nous le rappelons et il voyage… Et si l’Adoration s’en va,
sonne, sa promesse sonne: «Arrière ces superstitions, ces anciens corps,
ces ménages et ces âges. C’est cette époque-ci qui a sombré!»
Il ne s’en ira pas, il ne redescendra pas d’un ciel, il n’accomplira pas
la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout
ce péché: car c’est fait, lui étant, et étant aimé.
Ô ses souffles, ses têtes, ses courses; la terrible célérité de la
perfection des formes et de l’action.
Ô fécondité de l’esprit et immensité de l’univers!
Son corps! Le dégagement rêvé le brisement de la grâce croisée de
violence nouvelle! sa vue, sa vue! tous les agenouillages anciens et les
peines relevés à sa suite.
Son jour! l’abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la
musique plus intense.
Son pas! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.
Ô Lui et nous! l’orgueil plus bienveillant que les charités perdues.
Ô monde! et le chant clair des malheurs nouveaux!
Il nous a connus tous et nous a tous tous aimé. Sachons, cette nuit
d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la
plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le
voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de
neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour.
IV























