Chanson blanche – Marie Krysinska
Parmi la chanson éblouie
Que le gazon nouveau chante pour nos yeux,
Voici le cortège vaporeux
Des arbres fleuris.
Leurs formes virginales frémissent à l’air léger.
Celle-ci — toute en voiles de Malines — est une mariée ;
Celle-là — coquettement poudrée —
Est une marquise en robe de menuet.
Des novices vêtues d’habits blancs
Font, vers le ciel, fumer l’encens
Extatique du Printemps.
Puis, voici les chastes plis de mousseline,
Robes de communiantes au cœur tremblant
D’émotions divines.
Un arbre isolé est un flambeau brillant,
À l’horizon on croit voir
Une héroïque chevauchée aux panaches clairs.
Le ciel est limpide comme un jeune regard.
La neige joyeuse est partout répandue,
Et l’adolescence de l’année
Rit sur la verte étendue
Des pelouses et parmi la blonde futaie.
Des accordailles de l’heureuse saison
Sonnent, à toutes les branches, les clochettes argentées ;
Aussi, la voix de cristal des hirondelles affairées.
Et, parmi ces blancheurs, cette harmonie et cet encens —
Eros, couronné de muguets, tend son arc d’argent.