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Camaïeu – Marie Krysinska

Camaïeu – Marie Krysinska

Dans une chambre rose — et de soie rose habillée,
Devant le bonheur du jour, en bois de rose —
Madame Dubarry, en ses cheveux poudrés,
Pique une rose.

— Par grâce, Comtesse, gardez cette pose !
S’écrie le bon peintre François Boucher
Qui commence le portrait
De l’insoucieux royal oiselet Rose.

Et pour obtenir chez l’auguste modèle
Un peu de patiente immobilité
Il conte des choses…
Qui font à ses joues monter
Un peu de rose.

— Sornettes que tout cela, mon cher peintre — dit-elle,
Plutôt qu’écouter pareilles ritournelles
J’aime mieux vous dire l’étrange rêve
Que je fis
Cette nuit :

J’étais sur une place
Pleine de hurlante populace,
Un spectre de machine, digne de l’Enfer,
Dressait dans les airs
Ses bras de menace ;

Des mains acharnées,
De brutales mains
M’entraînaient…
Et soudain
Un lourd couteau tombait sur mon cou délicat !
Le vilain rêve ! N’est-ce pas ?

— Hé ! je ne le trouve point
Si vilain —
Répondit le peintre — car votre joli
Sang rouge au milieu
De tout ce rose que voici,
Cela devait être d’un beau coloris
Et former un délicieux
Camaïeu.

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