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Le Petit Homme Rouge – Pierre-Jean de Béranger

Le Petit Homme Rouge – Pierre-Jean de Béranger

Foin des mécontents !
Comme balayeuse on me loge,
Depuis quarante ans,
Dans le château, près de l’horloge.
Or, mes enfants, sachez
Que là, pour mes péchés,
Du coin, d’où le soir je ne bouge,
J’ai vu le petit homme rouge.
Saints du paradis,
Priez pour Charles-Dix.

Vous figurez-vous
Ce diable habillé d’écarlate ?
Bossu, louche et roux,
Un serpent lui sert de cravate.
Il a le nez crochu ;
Il a le pied fourchu ;
Sa voix rauque en chantant présage
Au château grand remuménage.
Saints du paradis,
Priez pour Charles-Dix.

Je le vis, hélas !
En quatre-vingt-douze apparaître.
Nobles et prélats
Abandonnaient notre bon maître.
L’homme rouge venait
En sabots, en bonnet.
M’endormais-je un peu sur ma chaise,
Il entonnait la Marseillaise.
Saints du paradis,
Priez pour Charles-Dix.

(9 thermid.) J’eus à balayer ;
Mais lui bientôt par la gouttière
Revint m’effrayer
Pour ce bon monsieur Robespierre.
Lors il était poudré ,
Parlait mieux qu’un curé,
Ou, comme riant de lui-même,
Chantait l’hymne à l’Être suprême.
Saints du paradis,
Priez pour Charles-Dix.

(Mars 1814.) Depuis la terreur
Plus n’y pensais, lorsque sa vue,
Du bon Empereur
M’annonça la chute imprévue.
En toque il avait mis
Vingt plumets ennemis,
Et chantait au son d’une vielle
Vive Henri-Quatre et Gabrielle !
Saints du paradis,
Priez pour Charles-Dix.

Soyez donc instruits,
Enfants, mais qu’ailleurs on l’ignore,
Que depuis trois nuits
L’homme rouge apparaît encore.
Riant d’un air moqueur,
Il chante comme au chœur,
Baise la terre, et puis ensuite
Met un grand chapeau de jésuite.
Saints du paradis,
Priez pour Charles-Dix.

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