
Au feu de minorque – Jean Aicard

En pleine mer,–au beau milieu
Des eaux profondes, des eaux mornes,–
Au milieu de l’ombre sans bornes,
Il brille sur l’île, ce feu.
Dans la nuit formidable, immense,
Guide sûr, fidèle témoin,
Il dit à mon bateau de loin:
«Va!… La mer française commence.»
Tandis que le sombre sommeil
Pèse sur les yeux et sur l’âme,
Il dit: «Je veille,» avec sa flamme;
Il dit: «Crois toujours au soleil.»
Il s’éteint, se rallume encore.
Sur les flots mauvais ou sereins,
Il dit: «L’Ile pense aux marins;»
Il dit: «Marin, songe à l’aurore!
«Je marque presque la moitié
«Du chemin de France en Afrique,
«Et demain, beau transatlantique,
«Tu verras le cap Sicié.»
Ainsi Minorque, belle fille
Qui dort sous les verts orangers,
Bons marins, pense à vos dangers,
Et vous salue,–et son feu brille.
Et rien n’est beau, parmi les fleurs,
Comme ce phare, humaine étoile,
Qui dit: «Espère» à chaque voile,
Et: «Je veille» à tous les veilleurs.
A bord de la Ville de Naples, 29 mai 1887.























