
A bord de la «ville de naples» – Jean Aicard

Elle était lasse, la colombe!
Elle nous suivait d’un long vol,
Rêvant d’un grand arbre en plein sol.
La mer! la mer n’est qu’une tombe.
Pourquoi l’avait-elle quitté,
Le sol d’Afrique, le rivage?
O douce colombe sauvage,
Où donc ton nid est-il resté?
S’il est sur la terre africaine,
Pourquoi suis-tu notre bateau?
Tu le sais bien, que la grande eau
N’est pas une route certaine!
S’il est en France, ton doux nid,
Qui donc ici t’avait menée,
Pauvre colombe abandonnée,
Que mon cœur douloureux bénit?
Viens! pose-toi sur le navire:
Mon cœur parle: connais ma voix…
Ce mât fut chêne dans les bois!
Il a chanté, comme la lyre!
Pose-toi sur l’îlot flottant
Qui s’en va vers la douce France…
Viens, colombe de l’espérance
Qu’on croit toujours voir en partant!
La mer! la mer est une tombe!
Ton vol faiblit… tu rases l’eau…
Repose-toi sur le vaisseau,
Oiseau d’espérance, ô colombe!
Mais tout à coup, volant plus bas,
L’oiseau d’espoir, la tourterelle,
Retourne, brusque, à tire d’aile,
Au pays d’où je viens, là-bas!…
Pauvre colombe effarouchée!
Elle a fui le bateau fuyant,
Plein de passagers et bruyant,
Dans la terreur d’être touchée!
Et peut-être que, sous le noir
Du ciel vide et des eaux désertes,
Elle meurt, les ailes ouvertes,
Dans un dernier élan d’espoir!
29 mai 1887.























