
Sur la colère de Philis – Tristan L’Hermite

BELLE Philis obligez moy
De me faire sçauoir pourquoy
Mes soins vous mettent en colere,
Car ie ne puis me figurer
Ce que i’ay fait pour vous desplaire,
N’ayant fait que vous adorer.
Sans doute c’est ma paßion
Qui cause ceste auersion
Que m’exprime vostre silence :
Voyez quel estrange succez,
On me hait auec violence
Pource que i’aime auec excez.
Ô Dieux ! quelle iniuste rigueur
Pour vous auoir donné mon cœur,
I’ay donc merité vostre haine :
Et i’ay failly pour vous offrir
Ce que la beauté d’vne Reine
Auroit eu peine à s’acquerir.
Apres vn fauorable accueil
Mes deuoirs trouuent trop d’orgueil
En des graces toutes diuines.
Ô belle cause de mes pleurs !
Que de serpens, & que d’espines
Estoient cachez dessous ces fleurs.
Dés lors que les Astres ialoux
Firent naistre vostre courroux,
La mort fut toute mon enuie ;
Car i’ay conceu depuis ce iour
Le mesme desdain pour ma vie
Que vous auez pour mon amour.
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