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Poème 93 – Pierre de Ronsard

Dans les profondeurs de cristal, N. C. Wyeth (1906)

Tableau : Dans les profondeurs de cristal, N. C. Wyeth, 1906

Tout me déplait, mais rien ne m’est si gref,
Que ne voir point les beaus yeus de Madame,
Qui des plaisirs les plus dous de mon ame
Aveques eus ont emporté la clef.

Un torrent d’eau s’écoule de mon chef :
Et tout confus de soupirs je me pâme,
Perdant le feu, dont la drillante flame
Seule guidoit de mes pensers la nef.

Depuis le jour que je senti sa braise,
Autre beauté je n’ai veu, qui me plaise,
Ni ne verrai. Mais bien puissai-je voir

Qu’avant mourir seulement, cette Fere
D’un seul tour d’œil promette un peu d’espoir
Au coup d’Amour, dont je me desespere.

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