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Poème 138 – Pierre de Ronsard

Poème 138 – Pierre de Ronsard

Dieus, si là haut s’enthrône la pitié,
En ma faveur, ores ores qu’on jette
Du feu vangeur la meurtriere sagette,
Pour d’un mauvais punir la mauvaistié,

Qui seul m’espie, & seul mon amitié
Va detraquant, lors que la nuit segrette,
Et mon ardeur honteusement discrette,
Guident mes pas où m’atent ma Moitié.

Accablés, Dieus, d’une juste tempeste
L’œil espion de sa parjure teste,
Dont le regard toutes les nuis me suit :

Ou lui donnés l’aveugle destinée
Qui aveugla le malheureus Phinée,
Pour ne voir rien qu’une eternelle nuit.

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