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Pierre Quillard — Le symboliste qui a quitté le rêve pour les vivants

Pierre Quillard — Le symboliste qui a quitté le rêve pour les vivants

1864 — 1912

Au bord de quels sinistres lacs d’eau lourde et sombre,
Ô ténébreuses fleurs plus vastes que la mort,
Les dieux muets du soir et les dieux froids du nord
Tissent-ils votre robe d’ombre ?

Les fleurs noires

À vingt-deux ans il écrit La Fille aux mains coupées, un drame en vers où les acteurs, séparés du public par un voile de gaze, récitent devant un fond d’or. C’est l’acte de naissance du théâtre symboliste, et cela se joue en 1891.

Vingt ans plus tard, il passait ses journées à recueillir des témoignages de massacres.

Le rêve d’abord

Ses vers sont de la meilleure eau symboliste : des fleurs noires plus vastes que la mort, une Cassiopée, un prince d’Avalon, les yeux d’Hélène, une voix impérissable. Helléniste de formation, il traduisait le grec et il en avait la coupe.

Ce qui le distingue de ses camarades, c’est qu’il n’y a chez lui aucune complaisance : la phrase est nette, l’image tient debout, et l’on ne s’y noie jamais.

Puis l’affaire Dreyfus, et l’Arménie

En 1894 il part enseigner à Constantinople. Il y assiste aux premiers massacres d’Arméniens, et il en revient un autre homme.

Le reste de sa vie y passe : secrétaire de la Ligue des droits de l’homme, dreyfusard de la première heure, directeur des Pro Armenia, il a documenté, publié, harcelé les chancelleries. Il est mort en 1912, trois ans avant le génocide qu’il avait annoncé.

Deux vies, un seul homme

On présente souvent ce genre de trajectoire comme un reniement : le poète qui abandonne l’art pour la politique. C’est mal lire.

L’exigence est la même — voir exactement, nommer exactement, ne rien laisser dans le vague. Il l’a d’abord appliquée à des fleurs noires, puis à des villages brûlés. Le second travail n’a pas défait le premier.

Choix de textes

  • Les fleurs noires — Dédié à Émile Gallé, le verrier. Deux artistes de la fleur inquiétante.
  • Les yeux d’Hélène — L’helléniste au travail : Hélène vue, pas racontée.
  • Chrysarion — Un nom grec inventé, l’or dedans. Le symbolisme dans son goût du timbre.
  • Ruines — Écrit avant l’Orient, et qu’on relit autrement en sachant la suite.
  • L’ascète — La figure du retrait, chez quelqu’un qui a fait exactement l’inverse.
  • Cassiopée — Une constellation pour titre : il regardait haut et net.
  • La voix impérissable — Le titre de quelqu’un qui croyait qu’écrire sert à quelque chose.
  • Le prince d’Avalon — La matière de Bretagne, passage obligé de sa génération.
  • Paroles sur la terrasse — Un lieu, une heure, quelques mots. Sa manière la plus dépouillée.
  • Par la nuit d’automne — L’exercice le plus rebattu du symbolisme, et il s’en tire sans une bavure.

Pour le lire

La Gloire du Verbe (1885-1890) — les poèmes réunis ici.

La Fille aux mains coupées (1886, jouée en 1891) — l’acte de naissance du théâtre symboliste.

Pro Armenia (1900-1908) — la revue qu’il a dirigée, et le travail de sa seconde vie.

Secrétaire de la Ligue des droits de l’homme. Mort en 1912.

Guillain Méjane

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