
Cassiopée – Pierre Quillard

Qui que tu sois, passant envoyé par le sort,
Venu des ténébreux chemins, franchis la haie,
Cueille d’un seul regard toute la roseraie,
Que ses vivants parfums te sauvent de la mort!
Tends les mains; le verger de force et de liesse
Que n’a pas envahi l’ombre du dernier dieu
T’offre les raisins clairs, les oranges de feu,
Et si ta lèvre a soif d’amour, l’aube acquiesce,
La mer chante; appelé par les conques des flots,
Après les jours ou les longs mois de bonne halte,
Tu partiras: le vin des amphores exalte
L’orgueil viril et pur qui sacre les héros
Et son baume puissant délivre l’âme esclave;
Tu partiras dans la splendeur d’un soir d’été
Tel que le soleil rouge au ciel ensanglanté
Teigne en pourpre l’embrun de neige sous l’étrave.
Tourbillonne le vol des typhons éployés!
Qu’importe au pèlerin dédaigneux et farouche
Ivre éternellement d’avoir bu sur ma bouche
Le mépris du ciel vide et des dieux reniés!























