
Les fleurs noires – Pierre Quillard

A Émile Galle.
Au bord de quels sinistres lacs d’eau lourde et sombre,
O ténébreuses fleurs plus vastes que la mort,
Les dieux muets du soir et les dieux froids du nord
Tissent-ils votre robe d’ombre?
Vos abîmes de nuit dévorent le soleil;
Le jour est offensé par vos voiles de veuves
Et vous avez puisé sans peur aux mornes fleuves
L’onde farouche du sommeil.
O fleurs noires, le vent de l’aube vous balance:
Mais nul parfum d’amour ne s’exhale de vous,
Chères, et vous versez dans les coeurs las et fous
L’incantation du silence.
La vie épand en vain ses perfides douceurs;
La pourpre du printemps inutile flamboie:
Votre deuil rédempteur libère de la joie;
Salut, impérieuses soeurs.
Je vous aime et je veux dormir, soyez clémentes:
Je ne troublerai pas votre calme immortel
Et, là-bas, j’oublierai, loin du jour et du ciel,
La bouche rouge des amantes.























