
Matin – Marie Krysinska

C’est, positivement, comme si l’on plongeait
Son visage dans un bouquet
Ce premier pas dans la campagne le matin.
Au milieu de la cour, le tas de foin
Exhale une tiède odeur. Du jardin —
Où les fins résédas et les roses trémières
Ne dédaignent point de fraterniser
Avec les oseilles et les pommes de terre —
Arrive un innocent et doux parfum mêlé.
La fleur de la citrouille allume — ne vous déplaise —
Une lanterne japonaise
Sous les amples écrans des feuilles
Et le géranium d’un rouge de braise
Tire un vrai feu d’artifice pour amuser
Les naïves carottes dont le feuillage est
Tout en précieuse dentelle tuyautée
Avec une minutie achevée.
Des enfants de roi,
Certes, ne seraient pas
Mieux habillés,
À une heure à ce point matutinale, aussi
Les oignons, sans façon et mal peignés,
En pleurent de dépit.
Le long des espaliers, sans voile et sans mystère,
Dansent d’un pas léger les nymphes potagères.
Et l’orchestre ! Il est varié, je vous prie de croire.
Les vaches qui vont cheminant derrière la haie,
En contralto, modulent une mélopée.
Le coq leur répond — péremptoire —
Un gros chien de ferme s’en mêle
Voyez-vous, il s’est pris de querelle
Avec un passant mal vêtu.
Quant à la tribu des moineaux
Éparpillés en bas, perchés en haut,
Il y a là une série de malentendus
Dont, sans nul doute, on ne pourra jamais sortir
Et des contestations à n’en plus finir,
Question, peut-être, d’héritage d’une graine,
Ou litige pour une branche mitoyenne.
Allons un peu sur la route promener
Tiens, tous les arbres sont déjà réveillés
Et clignottent dans la lumière
.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}Leur mille vertes et brillantes paupières
Avec un bruit d’ailes palpitant,
Ou d’un ruissellement de cascatelles.
Les maisons, à leur tour, ont ouvert leurs auvents
Et voici qu’au fond d’un verger,
Une paysanne allaite son enfant
Rose et doré
Et tel qu’un fruit
Tout frais cueilli.























