
L’Orphelin – Maurice Rollinat

« Allons voir ton papa qui dort au cimetière,
Dit la vieille servante à l’enfant tout en noir,
Viens ! tu réciteras, comme matin et soir,
Pour son âme de mort ta petite prière.
Pauvre homme ! il t’amusait encor sur ses genoux
Quand il avait déjà le râle dans la gorge…
Il sera si content de voir son petit George,
Ça lui figurera qu’il est toujours chez nous ! »
Et, vite, le marmot très ému, sans comprendre,
Suit la femme en bonnet qui le tient par la main,
Et, tous deux, les voilà dans ce triste chemin
Qu’ils ont depuis des mois l’habitude de prendre.
Entre les quatre murs que dépassent les croix
Arborant buis, couronne et médaillon de verre,
Ils vont, et, tout au fond de cet enclos sévère,
Arrivent à la tombe au long des cyprès froids.
Alors, simples, devant le rectangle de terre
Qu’a su tondre, épierrer, presque fleurir, leur soin,
Ils se mettent ensemble à genoux dans un coin
Dont l’ombre les revêt de vague et de mystère.
L’enfant ôte à deux bras son petit chapeau rond,
La bouche d’un béant qui montre ses quenottes ;
La vieille joint ses mains, comme lui ses menottes,
Chacun, d’un geste bref, s’étant signé le front.
Surveillant le mignon pour aider sa mémoire,
La servante, en dedans, dit son humble oraison,
Et lui, de bégayeuse et touchante façon,
Dit la sienne tout haut, en regardant Victoire.
Il est là, s’appliquant à moins balbutier,
Devant les yeux mouillés de cette bonne femme,
Troublant seul de sa voix pure comme son âme
Le silence des morts qui l’écoutent prier.
Puis, reprenant la main ou bien la devantière
De la servante, il rentre au logis de l’aïeul.
De même chaque jour. — Hier, il disait tout seul :
« Allons voir mon papa qui dort au cimetière ! »























