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Les Mauvais Anges – Albert Giraud

Les Mauvais Anges – Albert Giraud

Du plus vague du ciel nouveau-né, roses d’aube,
Roses de soleil pâle et d’ambre rose et roux,
Les étoiles du soir dans les plis de leur robe,
Un vol d’anges descend de l’azur rose et roux,

Un vol éblouissant de flocons roux et roses,
Ailes-fleurs, à la fois roses et papillons,
Fleurs sous les papillons, papillons sur les roses,
Qui neige en s’effeuillant, roses et papillons.

Les voici, deux à deux : leurs ailes infidèles
Câlinent les lys noirs du jardin mensonger
Où leurs frères jadis abdiquèrent leurs ailes,
Les calices des lys du jardin mensonger.

Les voici, deux à deux, frêles têtes charmantes,
Mourantes sous le faste épars de leurs cheveux,
Et des vipères d’or sur le lin de leurs mantes
Sifflent très doucement dans l’or de_ leurs cheveux.

L’azur lointain se fane, et sous des lierres d’ombre
Le jour mystérieux ouvre de grands yeux blancs :
Les voici câlinant les lys du jardin sombre,
Regardés tristement par ces vagues yeux blancs.

Une étrange élégance, infirme et maladive,
Équivoque splendeur de la stérilité,
Saigne sur les boutons de leur gorge tardive
Et sur l’obscur trésor de leur stérilité.

Parfois le lierre humide et le feuillage moite,
Au son d’un cor de nacre où chante un nain joufflu,
S’ouvrent sur le soleil comme une ogive étroite,
Au son d’un cor de nacre où chante un nain joufflu.

Là-bas, c’est la laideur épique de la vie :
Des ouragans d’orgueil, des rafales de chair,
Le sommeil bestial de la force assouvie,
Toutes les lâchetés du sang et de la chair.

Les yeux déveloutés par cette horrible fête,
Les anges, dans la nuit frileuse de leur cœur,
Écoutent longuement, en détournant la tête,
Le cor du nain joufflu leur sonner dans le cœur.

Leurs ailes de regret, leurs ailes irisées,
Vers l’azur matinal désormais interdit
Palpitent sans espoir, plaintives et brisées,
Entre la vie hostile et le ciel interdit.

Et les voici frôlant de nouveau l’herbe amère
Et les lys dans la paix lascive du jardin,
Et leur front virginal ombré d’une chimère,
Interrogeant les lys mensongers du jardin.

Leurs regards ambigus, frères du paysage,
Allument leur feu morne aux richesses du soir,
Et sur les plis pensifs de leur jeune visage
Versent à lents rayons l’anxiété du soir.

Ils errent, deux à deux, suivis du nain perfide
Qui leur offre un miroir et des bijoux pervers ;
Et leurs yeux aimantés dans le miroir limpide
Se caressent aux yeux de ces joyaux pervers.

Ils s’étendent, très las, parés, dans la nuit blême,
Entrelaçant aux lys leurs mains de royauté,
Composant avec art le sourire suprême
Dont dépend leur bizarre et vaine royauté,

Et sous les lierres noirs, frêles têtes charmantes,
Écoutent vaguement dans leurs cheveux siffler,
Dans leurs cheveux épars sur le lin de leurs mantes,
Les douces langues d’or des vipères siffler.

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