
Les Libellules – Maurice Rollinat

Fantasque essaim toujours errant,
Les libellules se poursuivent,
Et leurs gais chatoiements s’avivent
Aux ardents reflets du torrent.
Déjà moiré, parfois s’irise
Le petit tulle si léger
Qui leur permet de voltiger
Dans tous les sens comme la brise.
Les unes, taciturnement,
Laissent flotter leur nonchalance ;
D’autres, pour brûler le silence,
Dardent l’éclair d’un ronflement.
Dans les airs elles font des lieues,
Mais, toujours, en haut comme en bas,
Les grandes vertes ont le pas
Sur les toutes petites bleues.
Leur démence de liberté
Dont elles ne savent que faire
Les emporte dans l’atmosphère
Qui les soûle de sa clarté.
Au moindre vent qui les fustige,
À fleur d’écume ou de rocher,
Chacune vient se rapprocher
De la branchette ou de la tige,
Impondérable, mais pourtant
Lourde encor, si peu qu’elle y touche,
Pour le brin d’herbe qui se couche
Et se relève en tremblotant.
Longs clous d’or et de pierreries
Ayant grosse tête, gros yeux
Et fines ailes, sous les cieux
Elles promènent leurs féeries.
Elles vont flairer les roseaux
Et puis reprennent leur voyage
Entre les frissons du feuillage
Et les miroitements des eaux ;
Et quand, leur vol plein de crochets,
De zigzags et de ricochets,
Ayant lassé les demoiselles,
On les voit enfin s’arrêter :
Elles semblent moins s’éventer
Que respirer avec leurs ailes.























