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Les genets – Edmond Rostand

Les genets – Edmond Rostand

Sur ces balais–stupidement–dressés du sol
S’est abattu tout un doux vol.

Pour se poser–sur ces balais,–dans la campagne,
Des papillons viennent d’Espagne.

Des papillons–qui sont des fleurs,–des fleurs qui sont
Des papillons! Essaim? Buisson?

Sont-ils des fleurs?–Sentez leur souffle!–Ou bien sont-elles
Des papillons? Voyez leurs ailes!

Papillons-fleurs;–ces papillons–se sont, légers,
Sur chaque brindille étagés!

Les gros en bas,–et, tout en haut–de chaque tige,
Le plus petit de tous voltige!

Et tout ce vol–de papillons–tout palpitants
S’installe là pour quelque temps.

Et maintenant,–les vieux balais–ont une housse,
Et répandent une odeur douce:

Ça sent si bon–que c’est toujours–comme si on
Attendait la procession!

Et cette odeur–s’en va troubler–toute la lande,
Car le vent fait la propagande.

Balais! balais!–qui vous eût dit,–balais piteux,
Que vous seriez si capiteux?

Et tout d’un coup–(mais quel besoin–des fleurs ont-elles
Étant des fleurs, d’avoir des ailes?)

L’essaim doré,–qui se souvient–d’être espagnol,
Prend au vent d’Espagne son vol!

Que reste-t-il–de l’or vivant,–des ailes douces?
Quelques noires petites gousses!

Vous n’avez plus–qu’à frissonner,–genêts frileux,
En nous offrant, des balais bleus,

Des balais bleus–pour balayer–devant nos portes
L’amas prochain des feuilles mortes!

Balais! balais!–pauvres genêts,–vous êtes laids!
Vous n’êtes plus que des balais!

Et vainement–vous murmurez,–ne pouvant croire
A la fuite de tant de gloire:

«Qu’est-ce que c’est–que ces fleurs-là–qui fuient aux vents
Il faut consulter les Savants!»

«Que voulez-vous!»–vous répondront–leurs voix cassées,
«C’est des papilionacées!

«Il faut avoir,–quand on a peur–de ces douleurs,
Des fleurs qui ne soient que des fleurs!

«Mais quand on veut–des fleurs en or–ayant des ailes,
On sait à quoi s’attendre d’elles!»

XVI

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

On entend encor fuser quelques trilles.
La couleur du ciel commence à muer.
Des coups d’ailes font encor remuer
La vigne des murs, le lierre des grilles.

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Les échanges vifs que faisaient les branches
D’oiselets lancés comme des volants
Deviennent plus mous, deviennent plus lents.
La lune, au ciel clair, met ses cornes blanches.

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Le doux crépuscule a jeté sa cendre;
Les lointains sont bleus et vont se noyant;
Et la feuille d’or, tout en tournoyant,
Du grand peuplier se met à descendre.

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Une cloche tinte, une chèvre bêle.
Une fille passe, et chante, et suit l’eau.
Le chant que l’on chante à cette heure est beau;
La fille qui passe à cette heure est belle.

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Les pas des marcheurs attardés se pressent.
Un rameau, quitté par son chanteur fol,
Est encor tremblant de l’élan du vol.
Où vont ces oiseaux qui tous disparaissent?

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

La clarté s’esquive, et déjà l’on doute
Si l’objet qu’on voit est loin ou tout près.
S’en revenant seul, lentement, des prés,
Un poney velu traverse la route.

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Un alignement de petites meules
Donne aux champs l’aspect de camps endormis.
L’heure est aux amants, et non aux amis.
Les coeurs vont par deux, les âmes vont seules.

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

La vie est soudain comme une inconnue
Qui fixe sur vous de trop larges yeux.
Il semble que tout soit insidieux.
On s’entend parler d’une voix émue.

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

On s’entend parler d’une voix de songe
Dont on ignorait la sonorité.
C’est l’heure charmante où la vérité
A tout à fait l’air d’être du mensonge.

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Et si maintenant la rainette chante
Aux bords ébréchés des petits bassins,
C’est que, sur ton coeur ayant des desseins,
Cette heure a besoin d’être trop touchante…

Derniers petits chants et derniers ébats
Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

1891.

XVII

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