
René Magritte
Magritte peint d’une manière volontairement neutre, presque scolaire, et pose des questions qui n’ont pas de réponse. « Je veille, dans la mesure du possible, à ne faire que des peintures qui suscitent le mystère avec la précision et l’enchantement nécessaire à la vie des idées », disait-il. Les quelques toiles de ce mur, de 1935 à 1956, sont à regarder dans cet esprit : non pas pour ce qu’elles signifient, mais pour ce qu’elles font à celui qui regarde.
Né en 1898 à Lessines, en Belgique, Magritte perd sa mère à treize ans : elle se noie dans la Sambre. Il refusera toute sa vie qu’on explique sa peinture par son enfance, et restera hostile à la psychanalyse, à la différence d’autres surréalistes. Formé à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles, dessinateur de papiers peints puis de publicités, il reçoit le choc de sa vie devant une reproduction du Chant d’amour de Giorgio De Chirico : « Mes yeux ont vu la pensée pour la première fois. » De 1927 à 1930, il vit près de Paris et fréquente Breton, Éluard, Ernst et Dalí, avant de rentrer à Bruxelles.
Le portrait (1935) et La bonne aventure (1938) appartiennent aux années où Magritte expose à Londres et à New York. La Grande Attente est de 1940, l’année où, cinq jours après l’invasion allemande de la Belgique, il quitte Bruxelles pour Carcassonne, avant de revenir en août. Le titre porte bien son année.
Il manque ici la « période Renoir » des années de guerre, où il emprunte la touche des impressionnistes, et la « période vache » de 1948, peinte en six semaines pour dérouter les marchands parisiens. Le mur reprend dans les années 1950, avec L’Autre Parole (1955) et Architecture au clair de lune (1956), peu avant que le succès ne vienne, lentement, grâce au marchand Alexandre Iolas et à l’Amérique.
Magritte avait publié en 1929 Les Mots et les images : le rapport entre ce qu’on dit et ce qu’on montre est au cœur de son œuvre. Le site le met à l’épreuve à sa façon. L’Autre Parole accompagne Premier soupir de Victor Hugo et Réconciliation de Walt Whitman ; La bonne aventure, À deux heures du matin de Tomas Tranströmer. Chaque fois, un titre de Magritte rencontre un titre de poète, et le mystère se déplace.



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Guillain Méjane



















