
Henri Matisse
Henri Matisse avait vingt ans et travaillait comme clerc de notaire quand une crise d’appendicite le cloua au lit pendant de longues semaines. Sa mère lui offrit une boîte de peinture. En juin 1890, il peignait son premier tableau, une nature morte avec des livres. Ce mur commence cette année-là, avec Livres, daté de 1890, et s’achève en 1953, l’année précédant sa mort à Nice : c’est presque toute une vie de peintre qui tient ici en quelques toiles.
À l’École des beaux-arts, dans l’atelier de Gustave Moreau, le maître lui avait dit un jour : « Vous allez simplifier la peinture ». La formule sert de fil à tout ce qui suit. Aperçu de Notre-Dame en fin d’après-midi (1902) date des années où il découvre le traité de Signac et garde près de lui Les Trois Baigneuses de Cézanne, achetées en 1900 : « Cézanne est notre maître à tous ». La terrasse, Saint-Tropez (1904) date de l’année de sa première exposition personnelle chez Ambroise Vollard.
L’été 1905, Matisse travaille à Collioure avec André Derain. À l’automne, leurs toiles, accrochées ensemble au Salon, font scandale par leurs couleurs pures posées en aplat ; le critique Louis Vauxcelles parle de « Donatello chez les fauves », et le nom leur reste. Paysage de Collioure (1905) est le témoin de cet été-là, et la pièce à regarder de près : pour Matisse, la lumière n’y est pas supprimée, elle se trouve « exprimée par un accord des surfaces colorées intensément ». Le site l’a mise en regard du Miroir brisé de Jacques Prévert. Entre 1906 et 1913, Matisse passe ses hivers en Andalousie, au Maroc, en Algérie ; Paysage à Biskra (1906) date de la première de ces années. Apollinaire, en 1907, écrivait que s’il fallait comparer son œuvre à quelque chose, « il faudrait choisir l’orange ».
Puis le mur saute quarante ans. Manquent ici les grandes compositions de La Danse et de La Musique, et les odalisques de la période niçoise. On retrouve Matisse après la guerre, opéré, alité, serré dans un corset de fer qui l’empêche de rester debout plus d’une heure. Il découpe alors ses formes dans du papier gouaché, que ses assistants placent et collent selon ses indications. Polynésie, la mer (1946) est un carton de tapisserie : le souvenir des eaux du Pacifique, découvertes à Tahiti en 1930, dont il racontait nager « autour des couleurs des coraux ». Louis Brauquier l’accompagne ici, avec L’épuisant après-midi.
La Gerbe et Apollon, datés de 1953, appartiennent à ces toutes dernières années, passées dans la chambre-atelier de l’hôtel Regina. La simplification annoncée par Gustave Moreau y est accomplie : il ne reste que la forme et la couleur.


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- Matisse sans frontières, Gallimard, 2025
- Matisse, Citadelles & Mazenod, 2025
- Matisse et Marguerite, Le regard d’un père, Paris-musées, 2025
Guillain Méjane



















