
La vierge aux bougies – Franc-Nohain

Bonne Madame du Quinze Août,
Voici des bougies d’un sou,
Et de deux sous,
(La dépense n’est rien, l’intention fait tout,)
Et de trois, et de quatre sous :
Entendez-nous, exaucez-nous,
Bonne Madame du Quinze Août !
Et les dévots et les dévotes ont demandé
Des tas de choses,
Et la richesse, et la santé,
Un bébé rose :
Nous avons tous à demander
Tant de choses, oh ! tant de choses…
Et puis voici partis et les dévots et les dévotes,
— Des cantiques au loin meurt la dernière note, —
Avec les bougies qui clignotent
La Bonne Vierge est restée seule dans sa grotte.
Alors, à demi-voix : — Vite, dit-elle,
Éteignons toutes ces chandelles !
Devant ces braves gens, je n’ai pas voulu,
Bien entendu,
Pour ne pas leur faire de peine ;
Mais maintenant il ne faut plus
Qu’ici viennent brûler leurs ailes
Les papillons hurluberlus
Et les innocentes phalènes :
D’ailleurs, cette lumière crue
Finit par fatiguer la vue ;
Allons, vite, soufflons dessus,
Et que l’ombre calme revienne… —
Et maintenant dans l’ombre calme,
— Les grands arbres lentement balancent leur palme
Plus de bougies dont s’indispose ou se courrouce
La bonne Madame Marie ;
Plus rien que deux petites flammes
Si pures, si douces :
Ce sont les yeux de mon amie
Qui se reflètent dans la source.























