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La barque – Émile Verhaeren

Bateaux de pêche et autres navires sur un estuaire au clair de lune, Henry Pether (1845)

Tableau : Bateaux de pêche et autres navires sur un estuaire au clair de lune, Henry Pether, 1845

Il gèle et des arbres pâlis de givre clair
Montent au loin, ainsi que des faisceaux de lune;
Au ciel purifié, aucun nuage; aucune
Tache sur l’infini silencieux de l’air.

Le fleuve où la lueur des astres se réfracte
Semble dallé d’acier et maçonné d’argent;
Seule une barque est là, qui veille et qui attend,
Les deux avirons pris dans la glace compacte.

Quel ange ou quel héros les empoignant soudain
Dispersera ce vaste hiver à coups de rames
Et conduira la barque en un pays de flammes
Vers les océans d’or des paradis lointains?

Ou bien doit-elle attendre à tout jamais son maître,
Prisonnière du froid et du grand minuit blanc,
Tandis que des oiseaux libres et flagellant
Les vents, volent, là-haut, vers les printemps à naître?

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