
Jean-Pierre Claris de Florian — Celui qui a écrit « Pour vivre heureux, vivons cachés »

1755 — 1794
Aidons-nous mutuellement,
La charge des malheurs en sera plus légère,
Le bien que l’on fait à son frère
Pour le mal que l’on souffre est un soulagement.
L’Aveugle et le Paralytique
Deux vers de lui sont entrés dans la langue au point qu’on les prend pour des proverbes : « Pour vivre heureux, vivons cachés », qui ferme la fable du grillon, et « Aidons-nous mutuellement », qui ouvre celle de l’aveugle et du paralytique.
C’est la définition même du fabuliste réussi : disparaître derrière sa morale.
Le neveu de Voltaire
Né dans les Cévennes en 1755, il est petit-neveu par alliance de Voltaire, qui le reçoit enfant à Ferney et l’encourage. Page du duc de Penthièvre, officier de dragons, puis homme de lettres, il connaît un immense succès avec des pastorales et des romans que plus personne n’ouvre.
Ce qui reste, ce sont les Fables, publiées en 1792. Écrire des fables après La Fontaine demandait un certain culot, et il l’a fait avec une modestie exacte : il ne cherche pas à faire mieux, il fait autre chose.
La douceur comme méthode
Là où La Fontaine est cruel, Florian est bienveillant — et cette bienveillance, qui a longtemps passé pour de la fadeur, est en réalité une position morale tenue avec constance. Ses animaux ne se dévorent pas ; ils s’entraident ou se trompent eux-mêmes.
« Le Danseur de corde et le Balancier », « La Carpe et les Carpillons », « Le Château de cartes » : ce sont des leçons de prudence adressées à des enfants, dans une langue d’une clarté parfaite. Il a été pendant un siècle et demi le second livre de lecture de tous les écoliers français.
La Terreur
Il y a une ironie amère à ce qu’un homme dont la devise était de vivre caché ait été arrêté en 1794 comme ci-devant noble. Emprisonné à Port-Libre, il en sort après Thermidor, très diminué, et meurt quelques semaines plus tard, à trente-neuf ans.
Le Vagabond en garde cent quarante-deux, dans l’édition de 1838 dont les lettrines gravées ont donné du fil à retordre au parseur — mais c’est une autre histoire.
Choix de textes
- L’Aveugle et le Paralytique — « Aidons-nous mutuellement. » Un proverbe qui a oublié d’où il venait.
- Le Danseur de corde et le Balancier — Ce qui gêne est aussi ce qui tient debout. La plus fine de ses leçons.
- La Carpe et les Carpillons — Une leçon de prudence adressée aux jeunes. Il pensait à eux, littéralement.
- Le Château de cartes — Deux frères, un jeu, et tout ce qui s’effondre. Écrit en 1792.
- La Fable et la Vérité — Pourquoi il faut habiller la vérité pour qu’on la laisse entrer. Son art poétique.
- Le Chat et le Moineau — L’amitié impossible, traitée sans cruauté — ce qui le distingue de La Fontaine.
- Le Berger et le Rossignol — Une fable sur le chant, et sur ce qu’on perd à vouloir le garder.
- Le Bœuf, le Cheval et l’Âne — La solidarité des bêtes de somme. Le fond social de ses fables.
- Le Bon Homme et le Trésor — Ce qu’on cherche et ce qu’on trouve ne sont jamais la même chose.
- Le Roi de Perse — L’apologue oriental, forme obligée du siècle, menée avec légèreté.
Pour le lire
Fables (1792) — cent fables, dont deux vers devenus proverbes.
Estelle et Némorin (1788) · Numa Pompilius (1786) — les succès de son temps, illisibles aujourd’hui.
Sa traduction du Don Quichotte (1799, posthume) a longtemps fait référence.
Guillain Méjane




















