
Jean-Michel Maulpoix — Il a écrit un livre entier sur une seule couleur

né en 1952
La mer est un livre d’images.
Celui qui le feuillette affectionne ses dessins naïfs.
Il pose ses doigts sur la couleur et il épelle comme un enfant
des mots dont le sens lui échappe.
La mer est un livre d’images
Ceci n’est pas en vers, et c’est de la poésie. Depuis Baudelaire on appelle cela un poème en prose, et depuis trente ans Jean-Michel Maulpoix en est en France le praticien le plus constant.
Les textes réunis ici viennent d’Une histoire de bleu, paru en 1992. Un livre entier consacré à une couleur — et à ce qu’elle recouvre : la mer, le ciel, la mélancolie, l’idée qu’on se fait du large.
Ce que fait ce livre
Il avance par petites unités, chacune tenant sur une page, et chacune reprenant le motif d’un cran plus loin. « Ne croyez pas que tout ce bleu soit sans douleur », « Ils regardent le bleu mais ne sauront jamais le dire », « Convalescence du bleu après l’averse ».
C’est une méthode musicale : le thème ne se développe pas, il se répète en se déplaçant. On lit vingt pages et l’on s’aperçoit qu’on n’a pas quitté la même phrase.
Et il y a le « nous » — « Nous connaissons par ouï-dire l’existence de l’amour », « Vivants, ils vont les mains devant ». Il parle au nom de tout le monde sans jamais dire « je », ce qui est une politesse rare.
Le professeur
Universitaire, longtemps professeur de littérature française à Nanterre, il a dirigé la revue Le Nouveau Recueil et écrit des essais sur le lyrisme — La Poésie comme l’amour, Le Poète perplexe.
Sa thèse tient en peu de mots : le lyrisme n’est pas mort avec les avant-gardes, il a seulement appris à se méfier de lui-même. Toute son œuvre est la démonstration de cette idée.
Un vivant
Il écrit toujours. C’est l’un des rares poètes contemporains que le Vagabond réunisse, et c’est l’occasion de rappeler que la poésie française n’a pas cessé en 1950.
Choix de textes
- La mer est un livre d’images — On épelle la couleur comme un enfant, sans en comprendre le sens.
- Ne croyez pas que tout ce bleu soit sans douleur — L’avertissement au milieu du livre. Il ne fait pas de décoration.
- Ils regardent le bleu mais ne sauront jamais le dire — L’échec du langage, énoncé sans se plaindre.
- Convalescence du bleu après l’averse — Le thème se répète en se déplaçant. C’est une méthode musicale.
- Nous connaissons par ouï-dire l’existence de l’amour — Il parle au nom de tout le monde sans jamais dire « je ».
- Vivants, ils vont les mains devant — Une phrase d’aveugles pour décrire tout le monde.
- La mer en nous essaie des phrases — C’est la mer qui écrit, et elle s’y reprend.
- Les femmes aux yeux noirs ont le regard bleu — La contradiction posée comme une évidence, et elle tient.
- Il prend la plume ou le pinceau — Écrire et peindre, même geste devant la même couleur.
- On les voit parfois sous les lampadaires — Le bleu quitte la mer et passe en ville.
Pour le lire
Une histoire de bleu (1992) — le livre réuni ici, entièrement consacré à une couleur.
L’Écrivain imaginaire (1994) · Domaine public (1998) · Pas sur la neige (2004).
La Poésie comme l’amour · Le Poète perplexe — les essais sur le lyrisme.
Il écrit toujours : la poésie française n’a pas cessé en 1950.
Guillain Méjane























