
Je suis en Italie, en Grèce – André Chénier

De vivantes couleurs une toile enflammée
Que, de ces grands pinceaux émule inattendu,
Le pinceau de David à la France a rendu
…………………
…………………
…Ma main veut fixer ces rapides tableaux,
Et frémit et s’élance et vole à ses pinceaux.
Tantôt, m’éblouissant d’une clarté soudaine,
La sainte poésie et m’échauffe et m’entraîne,
Et ma pensée, ardente à quelque grand dessein,
En vers tumultueux bouillonne dans mon sein.
Ou bien dans mon oreille un fils de Polymnie,
À qui Naple enseigna la sublime harmonie,
À laissé pour longtemps un aiguillon vainqueur,
Et son chant retentit ….dans mon cœur.
Des belles voluptés la voix enchanteresse
N’aurait point entraîné mon oisive jeunesse.
Je n’aurais point en vers de délices trempés,
Et de l’art des plaisirs mollement occupés.
Plein des douces fureurs d’un délire profane,
Livré nue aux regards ma muse courtisane.
J’aurais, jeune Romain, au sénat, aux combats,
Usé pour la patrie et ma voix et mon bras ;
Et si du grand César l’invincible génie
À Pharsale eût fait vaincre enfin la tyrannie,
J’aurais su, finissant comme j’avais vécu,
Sur les bords africains, défait et non vaincu,
Fils de la liberté, parmi ses funérailles,
D’un poignard vertueux déchirer mes entrailles !
Et des pontifes saints les bancs religieux
Verraient même aujourd’hui vingt sophistes pieux
Prouver en longs discours appuyés de maximes
Que toutes mes vertus furent de nobles crimes ;
Que ma mort fut d’un lâche, et que le bras divin
M’a gardé des tourments qui n’auront point de fin.























