
I. — le pique-assiette. – Franc-Nohain

Du dîner, comme d’un tournoi, sonne la cloche;
La fourchette en arrêt, les voici qui s’approchent,
Les chevaliers tapeurs et vide-poches:
Pique, pique, picador!
Pique, pique, pique-assiette!
N’en reste-t-il mie ou miette,
De ce veau que je regrette?
–Mais moi, Carmen, je l’aime encor…–
Pique, pique, picador!
Pique, pique, pique-assiette!
[La bouche pleine, mais les yeux avides, ils tournent autour de la
table en fredonnant des rondes enfantines:]
Une poule sur un mur,
Qui picote du pain dur,
Pique-assiette, picota,
Mange un œuf et puis s’en va…
[Mais ils ne s’en vont pas, et ils continuent à tourner, au rythme de
paroles seulement plus mystérieuses:]
Ams’, stram’, gram’,
Pique, pique, commedram’,
Bourre, bourre, ratatam’.
–(J’ai encor, je le proclame,
Maigri de cinquante grammes!)–
Pique, pique, commedram’,
Mis’, stram’,–dram’!
Bonsoir, Monsieur et Madame!
(Les voix s’éloignent dans la nuit.)























