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Émile Nelligan — Trois ans de poèmes, quarante-deux ans d’asile

Émile Nelligan — Trois ans de poèmes, quarante-deux ans d’asile

1879 — 1941

Remémore, mon cœur, devant l’onde qui fuit
De ce lac solennel, sous l’or de la vesprée,
Ce couple malheureux dont la barque éplorée
Y vint sombrer avec leur amour, une nuit.

Le Lac

Il a écrit toute son œuvre entre seize et dix-neuf ans. En août 1899, à dix-neuf ans, il est interné. Il ne sortira plus : quarante-deux ans d’asile, jusqu’à sa mort en 1941, sans presque jamais rien réécrire.

Le Québec en a fait son poète national, et cette gloire posthume repose sur trois ans de travail d’adolescent.

Montréal, 1896-1899

Fils d’un père irlandais et d’une mère canadienne-française, mauvais élève, il abandonne le collège pour écrire. Il entre à l’École littéraire de Montréal, y lit ses poèmes en public, et le 26 mai 1899 il dit « La Romance du vin » devant une salle qui l’ovationne. C’est son dernier triomphe : trois mois plus tard, il est enfermé.

Sa poésie est celle d’un très jeune homme qui a tout lu — Baudelaire, Verlaine, Rodenbach — et qui les refait à sa manière avec une facilité qui inquiète.

Ce qui est déjà là

« Le Lac » n’est pas un pastiche de Lamartine, malgré le titre : c’est un poème sur la mémoire qui rejoue une noyade, écrit par quelqu’un qui n’avait pas vingt ans et qui savait déjà que l’eau ne rend rien.

Ses grands textes — Le Vaisseau d’or, Soir d’hiver — tiennent sur une seule image, tenue jusqu’au bout. « Ma pensée est le gouffre où gît le noir Rêve. » On peut lire cela comme une prophétie ; c’était surtout un très bon poète de dix-huit ans.

Après

Il a passé quatre décennies à recopier de mémoire ses propres poèmes pour les visiteurs, avec des variantes, sans plus rien composer. Sa gloire s’est bâtie pendant qu’il était vivant et absent.

Cent huit pièces ici, d’un poète dont l’œuvre entière tient dans trois années.

Choix de textes

  • Le Lac — Une noyade rejouée par la mémoire. Il n’avait pas vingt ans.
  • Diptyque — La forme double, qu’il affectionnait : deux versants d’une même chose.

Pour le lire

Émile Nelligan et son Œuvre (1904) — le recueil réuni par son ami Louis Dantin, cinq ans après l’internement.

Il a écrit entre seize et dix-neuf ans, et vécu quarante-deux ans de plus.

Aucune édition courante en France à ce jour.

Guillain Méjane

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