
Elle est – Paul Éluard

Elle est–mais elle n’est qu’à minuit quand tous les oiseaux blancs ont
refermé leurs ailes sur l’ignorance des ténèbres, quand la sœur des
myriades de perles a caché ses deux mains dans sa chevelure morte,
quand le triomphateur se plaît à sangloter, las de ses dévotions à
la curiosité, mâle et brillante armure de luxure. Elle est si douce
qu’elle a transformé mon cœur. J’avais peur des grandes ombres qui
tissent les tapis du jeu et les toilettes, j’avais peur des contorsions
du soleil le soir, des incassables branches qui purifient les fenêtres
de tous les confessionnaux où des femmes endormies nous attendent.
Ô buste de mémoire, erreur de forme, lignes absentes, flamme éteinte
dans mes yeux clos, je suis devant ta grâce comme un enfant dans l’eau,
comme un bouquet dans un grand bois. Nocturne, l’univers se meut dans ta
chaleur et les villes d’hier ont des gestes de rue plus délicats que
l’aubépine, plus saisissants que l’heure. La terre au loin se brise en
sourires immobiles, le ciel enveloppe la vie: un nouvel astre de l’amour
se lève de partout–fini, il n’y a plus de preuves de la nuit.























