
Dix heures – Edmond Rostand

Aussitôt, toute l’attention
Avec quoi se scrutait Doralise, se sauve!
Elle ne pense plus qu’à bien tenir alcôve.
Elle appelle.
Il se faut soutenir au réveil.
Qu’est-ce donc qu’on apporte en ce bol de vermeil?
Un restaurant léger, fait de blancs de volaille,
D’un peu d’orge mondé qu’on pile et qu’on travaille,
De raisin de Damas, de roses sèches (sic),
Le tout bien distillé dedans un alambic,
Avec de la cannelle et de la coriandre…
C’est ce que Doralise a coutume de prendre.
Elle boit.
L’andante des théorbes s’est tu.
«Il faut m’accommoder, dix heures ont battu,»
Dit-elle.
Et sur son lit Martine l’accommode;
Au col, aux deux poignets, ainsi qu’il est de mode
Lui chiffonne un étroit ruban couleur de feu;
Pour qu’en un tournemain il la recoiffe un peu
Appelle le coiffeur… C’est l’illustre La Prime.
Il entre; il rétablit la torsade; il imprime
Un petit mouvement d’allégresse aux bouffons:
«Là, dit-il, gentiment nous les ébouriffons…
Souffrez que j’aplatisse à présent les garcettes.»
Il aplatit, et part.
On ouvre des cassettes,
Des boîtes, des cartons. Doralise choisit
Une coiffe, un collier. «C’est mon jour, songez-y,
Et qu’il faut que je sois dans mon plus bel aimable.»
Mais un carrosse, avec un vacarme du diable,
S’arrête dans la rue. On range les pliants;
On chasse un petit chien aux regards suppliants;
Des livres sont posés sur toutes les tablettes,
Vite…
VI























