
Crépuscule – Edmond Rostand

Au bord de l’horizon les collines boisées
Ondulent, en prenant des teintes ardoisées,
Cependant qu’un dernier reflet, comme un mica
Piqué sur les coteaux, scintille dans leur brume,
Et que, timidement, une étoile s’allume
Dans l’azur pâle et délicat.
Les arbres, sur le ciel, de leurs grêles membrures,
Font un dessin pareil à celui des nervures
D’une feuille. A présent, les étoiles sont deux,
Et luisent à travers la vapeur violette
Comme des yeux de femme à travers la voilette…
Les arbres ont un air frileux.
Tous les contours ont des finesses d’aquarelle.
Les fonds sont des lavis très clairs. Un clocher frêle
S’effile exquisement sur le lointain bleuté.
Les étoiles sont trois. La campagne repose,
Et dans le ciel vert d’eau monte une lune rose
Comme un cuivre désargenté.
De larges bandes d’or l’horizon se chamarre.
Mais le dernier reflet s’est éteint sur la mare.
On croit voir des cyprès dans les hauts peupliers.
Le jour traîne un moment encor son agonie.
Les crapauds font un chant d’une plainte infinie…
Les étoiles sont des milliers.
IX























