Sélectionner une page

Ballade XLIX – Christine de Pisan

Ballade XLIX – Christine de Pisan

N’en parlez plus, je ne vueil point amer ;
Sire, pour Dieu vueilliez vous en retraire,
Ne me devez ne haïr ne blasmer,
Se je ne vueil a nul en tel cas plaire ;
Helas ! pour Dieu, vueilliez vous ent retraire.
Car plus ne vueil telle complainte oïr ;
Vous me ferez d’environ vous foïr.

Par telz semblans me feriez diffamer ;
A vous seroit grant pechié de ce faire.
Ja vont pluseurs partout dire et semer,
Que cy entour vous n’avez riens que faire,
Et si n’est nul qui autant y repaire ;
Mais se vous voy de tel plait esjouïr,
Vous me ferez denviron vous fouïr.

Il n’est chanteur, ne sereine de mer,
Qui cuers de gens scevent si bien soubtraire,
Ne beau parler, prier, ne reclamer,
Qui me feïst a telle amour attraire,
Si vous suppli que vous en vueilliez taire ;
Car s’autrement ne puis de ce joïr,
Vous me ferez d’environ vous foïr.

Texte : Wikisource · domaine public · lien affilié

Archives par mois