
Ballade de la nouvelle année – Edmond Rostand

O bon jour de l’an de demain matin,
Pour chacun de nous qui vivons sans trêve
Apporte la fleur, l’objet, le pantin
Qui fait oublier l’existence brève:
Ève pour Adam, la pomme pour Ève,
La noix de coco pour le sapajou,
La rime au rimeur dont le vers s’achève…
Il faut à chacun donner son joujou.
Donne un papillon aux touffes de thym
Et des goélands au cap de la Hève;
Le touriste anglais au Napolitain;
Au duc de Nemours Madame de Clève;
Au vieillard un songe, au jeune homme un rêve;
Donne un livre au sage, un tambour au fou,
Un élève au maître, un maître à l’élève…
Il faut à chacun donner son joujou.
Dans l’obscur gâteau qu’on nomme scrutin
Fais l’ambitieux découvrir la fève;
Donne un beau suiveur au petit trottin;
A ce vieux monsieur dont l’espoir endève
Donne l’habit vert orné de son glaive;
La carte au joueur et l’or au grigou;
A moi, jeune auteur, le rideau qu’on lève…
Il faut à chacun donner son joujou.























