Aurore d’âme – Marie Krysinska
Les lampes de la fête brillante
Bientôt vont pâlir devant l’aube levante.
Les coupes vacillent,
Aux mains des folles filles
Parées des roses du désir.
La vieille Rome épuisée de plaisirs
Ivre de sang versé, rit encore cette nuit.
Magdelaine, la plus belle courtisane, est parmi
La fête splendide et lugubre aussi,
Car voici
L’amphitryon qui s’est donné la mort, par le poison
Bu dans la dernière coupe de vin
Sans interrompre sa chanson.
Magdelaine songe : — Cet homme a eu raison.
La vie est mauvaise et laide et toujours pareille,
Mentir aux autres, mentir à soi-même !
Naîtra-t-il au ciel noir quelque soleil spirituel
Où brûler avec un élan de foi
Son âme tout entière,
Son âme lamentable, son âme de joie,
Son âme lasse.
Or, le jour paraît, et dans sa bleue lumière,
C’est Jésus qui passe.