
Après le bal – William Chapman

Éparpillant ses plus beaux accords dans l’espace,
L’orchestre s’était tu : le bal allait finir.
Le matin approchait, la danse semblait lasse,
Et chaque lustre d’or commençait à pâlir.
Déjà, pour nous quitter, plus d’une enfant rieuse
Sur son épaule avait rejeté son manteau…
Tout à coup, sous les doigts d’une pâle danseuse,
Le clavier palpita comme une aile d’oiseau.
Puis une voix monta de la salle dorée :
La foule, en l’entendant, ressentit un frisson :
Par cet écho du ciel éblouie, enivrée,
Tremblante elle écoutait ce sublime unisson.
Tout ce que les flots bleus qui caressent la plage,
Tout ce que les oiseaux qui chantent dans les nids,
Tout ce que les zéphirs qui bercent le feuillage,
Ont de plus caressant dans leurs chants infinis,
Tout s’était convié, dans un concert étrange,
Pour chanter par sa bouche et sous ses doigts hardis,
Pour faire, ce soir-là, de cette femme un ange,
D’un des salons du bal presque le Paradis.
Et les danseurs tout bas se disaient : « Qu’elle est belle !
« Quel charme dans sa pose, et quel feu dans son œil ! »
Bénissant dans mon cœur tous ceux qui parlaient d’elle,
J’étais devenu fou de plaisir et d’orgueil.
Oubliant que le sort peut briser dans ses serres
Nos illusions d’or et nos rêves charmants,
Plongé dans l’idéal, l’âme dans les chimères,
À chaque instant j’avais des éblouissements.
Soudain la voix cessa de prodiguer l’ivresse,
Et l’instrument divin suspendit son accord :
Un cri d’enthousiasme acclama la prêtresse…
Elle ne chantait plus, moi j’écoutais encor.
J’étais alors heureux autant que l’on peut l’être ;
Mais à peine, ô regret ! quelques jours ont passé,
Que je sens le malheur qui pèse sur mon être,
Et que je la maudis dans mon cœur insensé.























