
Allons, allons, mes beaux coursiers – André Chénier

L’aurore est belle et pure et le ciel sans nuage ;
Un souffle doux et frais caresse le feuillage.
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Courez, volez, mes beaux coursiers.
Ils volent, le char vole, elle vole, elle fuit
Comme l’agile éclair qui brille dans la nuit.
Tous les yeux sont sur elle……
L’envie, au front paré d’un sourire d’apprêt.
D’un œil oblique et faux l’accompagne et se tait.
L’admiration rit, la contemplant si belle,
Et d’un cri l’applaudit et s’élance après elle.
L’amour mystérieux, dans le bois à l’écart,
Seul, timide, muet, la suit d’un long regard.
Elle n’ose point voir l’œil de l’amour timide ;
Elle ignore l’envie à l’œil faux et livide ;
Elle sourit aux cris du tumulte joyeux
Qui l’applaudit de loin, le plaisir dans les yeux.
Courez, volez, mes beaux coursiers.
Courez, volez, mes beaux coursiers.
Ils reconnaissent tous la voix de l’héroïne ;
Ils tressaillent, saisis à cette voix divine ;
Roulent leurs pieds dans l’air, lèvent leurs fronts ardents ;
L’or du frein tortueux résonne entre leurs dents.
Courbant leur col nerveux, tous, en chutes pareilles
Précipités ; leurs yeux s’enflamment ; leurs oreilles
Se dressent devant eux ; hérissés et fumants.
Leur narine bondit en longs frémissements.
Mors et harnais sont blancs de sueur et d’écume.
La roue échappe aux yeux, l’axe bouillant s’allume.
Ils volent, le char vole, elle vole, elle fuit
Comme l’agile éclair qui brille dans la nuit.
Le vent ne peut les suivre…….
Sous la dent de l’acier aux pointes lumineuses,
Joignant d’un velours noir les bandes sinueuses,
Un camée éclatant, sur l’argile d’azur.
Presse contre son flanc le basin frais et pur.
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