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Allô la truie – Guillaume Apollinaire

Allô la truie – Guillaume Apollinaire

La sentinelle au long regard
La sentinelle au long regard
Et la cagnat s’appelait

LES CÉNOBITES
TRANQUILLES

La sentinelle au long regard la sentinelle au large regard
Allô la truie

Tant et tant de coquelicots
D’où tant de sang a-t-il coulé
Qu’est-ce qu’il se met dans le coco
Bon sang de bois il s’est saoulé
Et sans pinard et sans tacot
Avec de l’eau
Allô la truie

Le silence des phonographes
Mitrailleuses des cinémas
Tout l’échelon là-bas piaffe
Fleurs de feu des lueurs-frimas
Puisque le canon avait soif
Allô la truie
Et les trajectoires cabrées
Trébuchements de soleils-nains
Sur tant de chansons déchirées

Il a l’Étoile du Bénin
Mais du singe en boîtes carrées
Crois-tu qu’il y aura la guerre
Allô la truie
Ah! s’il vous plaît
Ami l’Anglais
Ah! qu’il est laid
Ton frère ton frère ton frère de lait

Et je mangeais du pain de Gênes
En respirant leurs gaz lacrymogènes
Mets du coton dans tes oreilles
D’siré

Puis ce fut cette fleur sans nom
À peine un souffle un souvenir
Quand s’en allèrent les canons.
Au tour des roues heure à courir
La baleine a d’autres fanons
Éclatements qui nous fanons

Mais mets du coton dans des oreilles
Evidemment les fanions
Des signaleurs
Allô la truie

Ici la musique militaire joue
Quelque chose
Et chacun se souvient d’une joue
Rose
Parce que même les airs entraînants
Ont quelque chose de déchirant quand on les entend à
la guerre

Écoute s’il pleut écoute s’il pleut

puis sol des con la
é dats Flan fon pluie
cou a dres dez- si
tez veu à vous ten
tom gles l’ a dre
ber per a vec la
la dus go l’ pluie
pluie par nie ho si
si mi sous ri dou
ten les la zon ce
dre che pluie beaux
et vaux fi ê
si de ne tres
dou fri la in
ce se pluie vi
sous si si
la ten bles
lu dre sous
ne et la
li si pluie
qui dou fi
de ce ne

Les longs boyaux où tu chemines
Adieu les cagnats d’artilleurs

Tu retrouveras
La tranchée en première ligne
Les éléphants des pare-éclats
Une girouette maligne
Et les regards des guetteurs las
Qui veillent le silence insigne
Ne vois-tu rien venir

au

ris
co
pe

La balle qui froisse le silence
Les projectiles d’artillerie qui glissent
Comme un fleuve aérien
Ne mettez plus de coton dans les oreilles
Ça n’en vaut plus la peine
Mais appelez donc Napoléon sur la tour
Allô

Le petit geste du fantassin qui se gratte au
où les totos le démangent
La vague
Dans les caves
Dans les caves

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