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À M. Bailly – André Chénier

À M. Bailly – André Chénier

Un mensonge vieillit ; il devient ennuyeux.
Il prend une autre forme et reparaît aux yeux.
Pensant le fuir, trompés à sa ruse infidèle,
Nous courons l’embrasser sous sa forme nouvelle.
Nous quittons un prestige, une vaine fureur
Non pour la vérité, mais pour une autre erreur.
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J’aime à voir les humains, ces êtres glorieux
Nés pour lever la tête et regarder les cieux.
Dans la fange à plaisir courbant ce front superbe.
Marcher sur quatre pieds, et braire, et brouter l’herbe.
La noble nudité d’une âme vraie et pure.
Le poète enivré de ses jeunes fureurs,
Fuyant de l’envieux les bassesses obscures,
Se transporte en esprit dans les races futures,
Et, promenant ses pas sous le bois égarés.
Des poètes divins relit les vers sacrés.
Leurs triomphes n’ont point abattu son courage.
Il mesure leur vol qui plane d’âge en âge.
L’ardeur de suivre aussi cet illustre chemin
Soulève ses cheveux, aiguillonne sa main.
Il ferme le volume. Il erre, il se tourmente ;
Des vers tumultueux de sa bouche éloquente
Roulent. Seul avec lui, superbe et satisfait,
Il s’écoule chanter, se récite, se plaît.
Et puis quand de la nuit les heures pacifiques
Ont calmé de ses sens ces vagues poétiques,
Il reprend son travail. Consterné, furieux,
Il n’y voit que défauts qui lui choquent les yeux.
Il jure d’oublier sa fatale manie,
Les muses, ses projets. Mais bientôt son génie,
Prompt à se rallumer, en de nouveaux transports
S’élance, et se raidit à de nouveaux efforts.

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