
À l’heure où quelque amant – André Chénier

À l’heure où quelque amant inquiet, agité,
Sur sa couche déserte où son amour s’ennuie,
Qu’habitent les désirs et la triste insomnie.
Non sans plaisir, de loin, écoute les doux sons
Du clavier barbaresque aux nocturnes chansons ;
Quand, partout dans Paris, seul, attendant l’aurore.
Dans ses pipeaux d’airain, charge utile et sonore,
Un vagabond Orphée incliné sous le poids,
Du vent mélodieux fait résonner la voix…
Il rêve sous les bois ; il les peuple de belles.
À ses jeunes chansons il sait donner des ailes,
Pour voler, enflammé d’amour et de désirs.
Porter à la beauté son âme et ses soupirs.
Ni l’art de Machaon, ni la plante divine,
Qui ranime le flanc des biches de Gortine,
Ni les chants de Circé qui font pâlir le jour,
N’ont pouvoir de guérir la blessure d’amour.
Des bois américains l’écorce bienfaisante
N’éteint pas les accès de cette fièvre ardente.
Ils redoublent souvent.
Le guerrier Scandinave, effroi du nord barbare,
N’osa point regarder la belle Konismare ;
Il osait bien marcher d’un œil calme et serein
Contre les feux tonnants et les bouches d’arain.
…..mes plaisirs veulent un peu de gloire.
J’aime qu’à votre amour je doive ma victoire.
Votre bouche dit non ; votre voix et vos yeux
Disent un mot plus doux, et le disent bien mieux.
Craignant de vous livrer, craignant de vous défendre,
Vous ne m’accordez rien et me laissez tout prendre.
La molle résistance, aux timides refus,
Est pour un cœur sensible une faveur de plus.























