Sélectionner une page

XXXIX. Tu sais si je suis seule, ô toi qui m’as aimée – Anna de Noailles

XXXIX. Tu sais si je suis seule, ô toi qui m’as aimée – Anna de Noailles

Tu sais si je suis seule, ô toi qui m’as aimée !
Si je le fus toujours ! Vous le sauriez, mon Dieu,
Si, dans le vain éther d’azur ou de fumée,
Vous n’étiez pas qu’un nom obscur et radieux !

Pour solitude j’eus l’amour envers les choses,
La logique sans peur, l’ennui des vanités,
L’effort contre le temps et ce qu’il décompose,
Le plaisir du néant, unique éternité ;

Et ce cœur excessif que fait rêver l’espace,
Ce sinueux désir glissant vers les humains,
Cet esprit débordant, et cependant rapace,
Et mon songe distrait quand je tenais tes mains…

Archives par mois