
Ulric Guttinguer — L’ami dont Musset a fait un personnage, et qui écrivait aussi

1785 — 1866
Quelle ombre sur nos fronts s’arrêtait donc, ô chères,
Vous si bonne et si tendre, aujourd’hui si sévère !
Par quel mot indiscret, injuste, ou mal compris,
Ai-je porté le trouble en vos riants esprits ?
Le nuage de l’amour
Il a vingt-cinq ans de plus qu’Alfred de Musset et il en devient l’ami intime vers 1830. Ensemble ils font le voyage de Normandie que Musset racontera, ensemble ils vivent la vie dissipée du romantisme naissant.
Puis Guttinguer se convertit, brutalement, et passe le reste de sa vie à écrire des vers religieux. Musset s’est servi de lui pour le personnage de Desgenais dans La Confession d’un enfant du siècle, et Sainte-Beuve pour son Volupté.
Le poète que la conversion a mangé
Ce que le Vagabond réunit tient des deux versants, et l’on voit très bien la couture.
D’un côté : « Le nuage de l’amour », « Quand elle est partie », « Paroles de femme », « Fais-moi des vers », « Réponse à cette question : qu’est-ce que ça, l’amour ? ». C’est du romantisme de salon, léger, adressé, et souvent charmant.
De l’autre : « La Cène », « Et d’abord écoutez la divine prudence », « Descendez dans notre âme, ô larmes d’une mère ». C’est la ferveur du converti, et elle est sincère, et elle est beaucoup moins bonne.
Rouen
Négociant normand de bonne famille, il a tenu un salon à Rouen où passaient tous les romantiques. Il fut un ami excellent, un correspondant infatigable, un homme que tout le monde aimait.
C’est peut-être son vrai talent, et l’histoire littéraire ne le classe pas.
1866
Il est mort à quatre-vingt-un ans, ayant survécu à Musset de neuf ans, à Sainte-Beuve de rien du tout, et à sa propre réputation de trente.
Choix de textes
- Le nuage de l’amour — Une brouille amoureuse, examinée avec une politesse de salon.
- Quand elle est partie — Le romantisme dans sa version la plus légère, et il y excellait.
- Paroles de femme — Il lui prête la parole, ce qui n’était pas si courant.
- Fais-moi des vers — La commande amoureuse, sujet que tout son siècle a pratiqué.
- Réponse à cette question : qu’est-ce que ça, l’amour — Le titre est une conversation. Le poème aussi.
- Adieu — Le mot le plus simple, chez un homme qui a beaucoup quitté.
- Les rameaux — Le versant religieux, et la couture se voit très bien.
- La Cène — La ferveur du converti : sincère, et beaucoup moins bonne.
- Pour un jour de naissance — Le poème d’anniversaire, genre disparu qu’il faut redécouvrir.
- Descendez dans notre âme, ô larmes d’une mère — Le deuil maternel, sujet où sa conversion trouve enfin son emploi.
Pour le lire
Mélanges poétiques (1824) · Les Deux Âges du poète (1844) · Amour et Opinion (1849).
Arthur (1836) — le récit autobiographique de sa conversion.
Musset s’est servi de lui pour Desgenais dans La Confession d’un enfant du siècle, et Sainte-Beuve pour Volupté.
Guillain Méjane























