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Proserpine – André Chénier

Proserpine – André Chénier

Sois donc propice aux tiens, vierge, épouse sacrée,
Ô Junon des enfers qu’une mère éplorée,
Sur un axe rapide attelé de serpents,
Les flambeaux à la main, rechercha si longtemps.
Déesse, tu n’es pas étrangère à cette île.
N’es-tu pas, comme nous, enfant de la Sicile ?
Que de fois, retournant de leurs bruyants travaux,
Les Cyclopes d’Etna chargés de leurs marteaux
Te trouvaient, les pieds nus, assise dans la plaine,
Ramassant des cailloux au sein d’une fontaine !
Ils aimaient tour à tour, et tu ne fuyais pas,
À porter ton enfance en leurs robustes bras.
Si jamais dans les cieux l’enfant d’une immortelle
Est au vœu maternel indocile et rebelle,
On appelle un cyclope, et Mercure à l’instant
Vient, imite leur voix ; il fait peur à l’enfant,
Qui, ses mains sur les yeux, plus doux et moins colère,
Se rejette en criant vers le sein de sa mère.
Souvent, sur les genoux de ses frères nerveux,
Tranquille, tu jouais avec leurs noirs cheveux.
Ils riaient de te voir, de ta main enfantine,
Arracher la toison de leur vaste poitrine.
Une petite fille
Tressant quelques joncs frais, prison d’une cigale.
Salut, reine des morts, femme du Dieu d’enfer,
Souterraine Junon, fille de Jupiter !
Et lorsque le tombeau m’ouvrira ton empire,
De silence et d’oubli n’accuse point ma lyre,
Comme au sage Thébain, divin chantre des dieux.
Mon ombre, pour venir en songe harmonieux
Dicter des vers tardifs consacrés à ta gloire,
N’aura point à sortir de la porte d’ivoire.

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