
Pannychis – André Chénier

« Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m’aimes ;
Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes.
Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau.
Hier je me suis mis auprès de mon chevreau ;
Par Pollux et Minerve ! il ne pouvait qu’à peine
Faire arriver sa tête au niveau de la mienne.
D’une coque de noix j’ai fait un abri sûr
Pour un beau scarabée étincelant d’azur ;
Il couche sur la laine, et je te le destine.
Ce matin j’ai trouvé parmi l’algue marine
Une vaste coquille aux brillantes couleurs ;
Nous l’emplirons de terre, il y viendra des fleurs.
Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse,
Lancer sur notre étang des écorces d’yeuse.
Le chien de la maison est si doux ! chaque soir
Mollement sur son dos je veux te faire asseoir ;
Et, marchant devant toi jusques à notre asile
Je guiderai les pas de ce coursier docile. »
Ô sauterelle, à toi, rossignol des fougères,
À toi, verte cigale, amante des bruyères,
Myro de cette tombe éleva les honneurs.
Et sa joue enfantine est humide de pleurs ;
Car l’avare Achéron, les Sœurs impitoyables
Ont ravi de ses jeux ces compagnes aimables. »























