
Mais alors, quelle est donc cette flamme immortelle – Alice Véga

« Mais alors, quelle est donc cette flamme immortelle
Qui, partant d’un grand cœur, dépasse son destin ?…
Et dont la force vive et si brûlante est telle
Qu’elle brille le soir plus haut que le matin ? »
Ô larmes dans la nuit qui nous brûlent les yeux
Quand les heures s’en vont si lentes et si lourdes,
Et qu’on n’aperçoit plus les cieux,
Cachés par les ténèbres sourdes !
Sanglots désespérés qu’on étouffe de peur
D’entendre à travers l’ombre un appel sans réponse,
Accablante et morne stupeur
Où, las à mourir, on enfonce.
Souffrir et pleurer seul ces larmes dans la nuit,
Sang d’un cœur éperdu que la détresse broie,
Qu’un destin sinistre poursuit,
Et qui connut jadis la joie.
Le front penché, les mains jointes, je pense à vous
Qui sans cesse pleurez, ô foules innombrables !
Dieu puissant, qu’il me serait doux
De consoler ces misérables !
Mais de ces pleurs que seul tu comptes et tu vois,
Tu peux faire, Seigneur, une fraîche rosée
Qui calme l’angoisse sans voix
Et la douleur inapaisée.
De ces regrets poignants, ces peines et ces vœux,
De ces sanglots, âcres fruits noirs et grappes sures,
Tu peux faire, si tu le veux,
L’huile et le vin doux aux blessures.
Tu les accueilles, je le sais. Cela suffit.
Plus grande est la misère et plus ta grâce abonde ;
Je crois en ton amour qui fit
Dun gibet le salut du monde.
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