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Lieder – Pierre Quillard

Lieder – Pierre Quillard

Ich, ein tolles Kind, ich singe
Jetzo in der Dunkelheit;
Klingt das Lied auch nicht ergötzlich,
Hat es mich doch vor Angst befreit.

(HEINRICH HEINE, Die Heimkehr.)

I

Des mots doux comme des hautbois
Et des harpes surnaturelles,
Des sons légers de chanterelles
Et dans les bois, des voix, des voix.

Des couples blancs de tourterelles,
Des oiseaux bleus couleur du temps;
Des ailes d’or sur les étangs,
Dans le ciel des ailes, des ailes.

Je ne sais où: je vois, j’entends.
Voici venir la très aimée
Et sa cheville parfumée
Foule des tapis éclatants;

Sa robe candide est lamée
De l’or du paradis natal;
Des feux de myrrhe et de çantal
L’entourent de blonde fumée.

Plus rien, plus rien! le deuil brutal,
Le silence et l’ombre. Serait-ce
Que la perfide enchanteresse
A forgé ce mur de métal

Et clos dans la nuit vengeresse,
Sans ailes d’or et sans hautbois,
Les mots doux comme une caresse,
Et les colombes, soeurs des voix?

II

Ni tes fiertés, ni tes paresses
Ni l’espoir menteur des caresses,
Ni ta chair de vierge, j’aimais
La splendeur de ma propre idée,
O maîtresse non possédée
Qui ne me trahiras jamais

Je garde en mon âme hautaine
Le rêve frais de la fontaine
Et des nénufars ingénus;
Je laisse aux lèvres sans extase
L’eau noire et, grouillant dans la vase,
Tous les reptiles inconnus,

Loin de l’hivernale vallée
L’aile des fleurs s’est envolée
Et le murmure des nids verts
Cherche, avec le vol des pétales,
Dans les aubes orientales
L’éternel printemps de mes vers.

C’est l’heure que j’ensevelisse
La blancheur du dernier calice
Avec les souvenirs défunts:
O nuptiale Galatée,
Rends-moi la corolle empruntée,
Rends-moi le songe des parfums,

Pour que je tisse avec mes strophes
Un linceul de riches étoffes
Embaumé de myrrhe et de nard
Et que je jette sur mon rêve
De jeunesse et de gloire brève
La pourpre antique de Schinnar.

III

Pour moi seul tes cheveux de saule
Se déroulent sur ton épaule
Comme les feuilles dans le vent,
Et, tel que sur la neige vierge
Frémit un frisson d’or mouvant,
De l’aube de ta chair émerge
Une fleur de soleil levant.

Car seul je connais les paroles,
Soeurs des feuilles et des corolles,
Qui puissent dire ta beauté;
Je sais les phrases rituelles
Par qui, dans le bois enchanté,
L’ombre des amantes cruelles
Revive pour l’éternité.

Rires et larmes infinies!
Si je chantais tes litanies
Et le miel de tes seins rosés
Je ferais voler dans les brises,
Au delà des jours épuisés,
L’abeille des lèvres éprises
Vers la ruche de tes baisers.

Mais je tais avec jalousie
Les chers mots dont je m’extasie:
Les hommes passent et s’en vont;
Le bruit des foules abhorrées
Roule et le miel divin se fond
En perles de gouttes dorées
Dans l’urne de mon coeur profond.

IV

Ta voix, ta même voix de colombe blessée
Sonne plaintivement dans ta gorge lassée.

J’entends encor l’écho des paroles d’antan
Lorsque les mots ailés s’envolent en chantant.

Mais je ne comprends plus les syllabes; j’oublie
Ce qui fait leur langueur et leur mélancolie.

Je crois t’ouïr parler un langage inconnu
Sur des airs dont mon coeur s’est en vain souvenu,

Et je perçois parmi la musique rhythmée
La voix d’une étrangère ou d’une morte aimée.

V

Reine du magique palais,
En ce jeu cruel que tu joues,
Comme tes soeurs, tu te complais
Aux larmes roulant sur nos joues.

Quand tu presses le vin des coeurs
L’étoile de tes yeux rutile,
L’étoile de tes yeux vainqueurs
Rit de la lâcheté virile.

Tandis que, dans la paix du soir,
Les désirs — tels de mauvais anges —
Portent aux meules du pressoir
Les grappes des rouges vendanges.

Soit! en tes rêves assassins
Grise-toi des pourpres foulées
Et noue au-dessous de tes seins
Des peaux fauves et tavelées.

Sois la bacchante que les dieux
Lâchent sur la terre; promène
L’orgueil de tes flancs radieux
Au milieu de la vigne humaine.

Va! que les héros asservis
Et les poètes que tu crées
Se courbent hurlants et ravis
Devant tes colères sacrées:

Tes triomphes sont imparfaits,
Ta gloire sanglante est un leurre;
Tu n’as pas su que je t’aimais
Et tu ne sais pas que je pleure.

VI

Les moires vertes des feuillées
Attendent le Prince Charmant
Et sous les gemmes de rosée
L’aubépine est une épousée
D’où s’exhale amoureusement
L’âcre parfum des fleurs mouillées.

Des lèvres que nul ne connaît
Ont bu les gemmes disparues:
Pourquoi le Prince viendrait-il,
O forêt? le parfum subtil
Meurt dans les poussières accrues
Sur l’aubépine et le genêt.

La plainte lente des ramures
Geint sinistrement et déjà
Les nains méchants des avenues
Font saigner sur les branches nues
Que leur caprice ravagea
La chair automnale des mûres.

VII

Plus quam femina virgo

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