
Louis Tiercelin — Il a voulu que la Bretagne ait ses poètes, et il les a publiés

1846 — 1915
Je me souviens encor des landes et des grèves.
Du sommet des menhirs j’ai contemplé jadis,
Dans le brouillard des mers, le vol des premiers rêves
Emportant mes espoirs vers les bleus paradis.
Les landes et les grèves
Un menhir, une lande, une grève, du brouillard. Tout le décor breton est là en quatre vers, et l’on pourrait passer son chemin en haussant les épaules.
Il faut plutôt se demander pourquoi ce décor existe — et la réponse est en partie devant vous. Des hommes comme Tiercelin l’ont construit, poème après poème, revue après revue, pour qu’une région ait le droit d’avoir une littérature.
L’Hermine
Professeur, dramaturge, il fonde en 1889 la revue L’Hermine, qui pendant vingt ans a publié tout ce qui écrivait en Bretagne. Il a monté des fêtes littéraires, des concours, des anthologies.
Avec Anatole Le Braz, il a réuni Les Bretons, l’anthologie qui a fait exister l’idée même d’une école poétique bretonne. Sans lui, une bonne partie de ces auteurs n’aurait laissé aucune trace.
Le poète, derrière l’organisateur
On l’oublie toujours dans ces cas-là, et c’est dommage. « Le Bouvier », « La Faneuse », « Le Pâtre », « Fille des champs » : ce sont des portraits de travailleurs de la terre, faits sans une once de pittoresque, avec une attention aux gestes du métier.
Et il y a « Le poète dans la fosse aux bêtes », qui dit autre chose — la position de l’écrivain de province, exposé, seul, entouré.
« Réponse à un poète breton » est le poème qu’il faut lire en dernier : on y voit un homme se demander si tout ce travail servait à quelque chose.
1915
Il est mort à Paramé, en Bretagne, au milieu de la guerre. La revue avait cessé, les fêtes aussi, et le régionalisme littéraire allait devenir une chose qu’on regarde de haut.
Choix de textes
- Les landes et les grèves — Tout le décor breton en quatre vers — et il a contribué à le construire.
- Le poète dans la fosse aux bêtes — La position de l’écrivain de province : exposé, seul, entouré.
- Réponse à un poète breton — Il se demande si tout ce travail servait à quelque chose. À lire en dernier.
- Le Bouvier — Un homme et ses bêtes, sans une once de pittoresque.
- La Faneuse — Le geste du métier, regardé de près.
- Le Pâtre — La figure la plus ancienne de la poésie, ramenée à un vrai travail.
- Fille des champs — Il la regarde travailler, pas poser.
- Tristesse du soir — L’heure obligée, tenue sans emphase.
- Un boniment — La parole du camelot, forme qu’il a osé mettre en vers.
- Les yeux — Le sujet le plus rebattu, sauvé par la brièveté.
Pour le lire
Les Bretons (avec Anatole Le Braz) — l’anthologie qui a fait exister l’idée d’une école poétique bretonne.
Le Sang du Breton · Les Fils de Kérallan — le théâtre.
Guillain Méjane























