
Les fascheux obstacles – Tristan L’Hermite

CLORINDE, i’ay beau soupirer,
Ie ne dois iamais esperer
De voir la fin de mon martire,
Puisque la rigueur des Ialoux
M’empesche mesme de vous dire
Les maux que i’endure pour vous.
Ie suis prés de vous chaque iour
Pour vous parler de mon amour,
Sans que ce bon-heur me console :
Car pressé du bruslant desir
D’en prononcer vne parole
Ie n’en puis treuuer le loisir.
Par quelle estrange cruauté
Veut-on garder vostre beauté,
Et vous tenir ainsi contrainte ?
Dieux ! vostre humeur qui n’aime rien
Et tant de fantosmes de crainte,
Vous gardent-ils pas assez bien ?
N’eußions nous nul tesmoin qu’Amour
Au plus solitaire seiour
Dont toute clarté fust bannie ;
L’ombre de ce Monstre d’honneur
Auec assez de tyrannie
S’opposeroit à mon bon-heur.
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