
Jules Tremblay — Un poète d’Ottawa, en français, ce qui était un combat

1879 — 1927
Au bruit du vieux rouet, Jeanne rêvait d’amour.
Elle rêvait seulette et pleurait dans son âme.
Jeannot avait juré de la prendre pour femme,
Mais l’ingrat s’enfuyait loin d’elle tout le jour.
La ceinture fléchée
Le rouet, la fille qui file en attendant, l’ingrat qui s’enfuit : c’est une chanson traditionnelle mise en alexandrins, et la ceinture fléchée du titre est l’objet le plus canadien-français qui soit.
Voilà son programme : donner au Canada français d’Ontario une littérature à lui, avec ses objets et ses histoires.
Ottawa
Journaliste, traducteur au Parlement, il a vécu et écrit à Ottawa — c’est-à-dire dans une capitale anglophone où le français se défendait pied à pied.
Il a été de tous les combats de la minorité franco-ontarienne, en particulier contre le Règlement 17 qui, de 1912 à 1927, a interdit l’enseignement en français dans les écoles de l’Ontario. Écrire en français à Ottawa n’était pas un choix esthétique.
Ce qu’il y a dans ces poèmes
Deux registres. Le premier est celui du terroir : « La ceinture fléchée », « Le lac », « Moineau franc », « Les chansons écloses ». Le second est plus large — « Au maréchal Joffre », « Per Francos » —, où l’on entend un homme qui regarde la France de loin pendant la guerre de 1914.
Le meilleur est ailleurs, dans les pièces sans titre qui commencent par un vers : « J’ai quitté pour jamais vos sombres horizons », « L’ombre du soir gravit les coteaux éloignés », « Comme un rameau jauni qui flotte au fil de l’eau ».
Là, il ne défend plus rien : il regarde un paysage, et cela suffit.
1927
Il est mort à quarante-huit ans, l’année même où le Règlement 17 fut enfin abandonné. Il aura passé sa vie d’écrivain dans la période exacte où sa langue était interdite à l’école de sa province.
Choix de textes
- La ceinture fléchée — Une chanson traditionnelle en alexandrins, autour de l’objet le plus canadien qui soit.
- J’ai quitté pour jamais vos sombres horizons — Ici il ne défend plus rien : il regarde, et cela suffit.
- L’ombre du soir gravit les coteaux éloignés — Le crépuscule qui monte au lieu de descendre. L’image est juste.
- Comme un rameau jauni qui flotte au fil de l’eau — La comparaison ouvre le poème, et il ne la referme pas trop vite.
- Le lac — Après Lamartine, et sans complexe. Le lac n’est pas le même.
- Moineau franc — Le nom canadien de l’oiseau. Il tenait au vocabulaire d’ici.
- Les chansons écloses — Le folklore comme source, revendiqué.
- Au maréchal Joffre — La France regardée de loin pendant la guerre de 1914.
- Per Francos — Un titre latin pour dire l’attachement à la France. Il choisit ses armes.
- Midi — gloire au soleil — L’été agricole, chez un employé de bureau d’Ottawa.
Pour le lire
Du crépuscule aux aubes (1917) · Les Ferments (1917) · Trouées dans les novales (1921).
Journaliste et traducteur au Parlement d’Ottawa, engagé dans le combat franco-ontarien contre le Règlement 17.
Aucune édition courante à ce jour.
Guillain Méjane























