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Aco Šopov — Il a fondé une littérature dans une langue qu’on venait d’autoriser

Aco Šopov — Il a fondé une littérature dans une langue qu’on venait d’autoriser

1923 — 1982

Nœud sur nœud. Pierre sur pierre.
Forêt pétrifiée, gel.
La nuit fume. La parole s’arrache à l’obscur.
Du charbon bleu brûle dans ses entrailles.

Naissance de la parole

« La parole s’arrache à l’obscur » : ce n’est pas une métaphore générale. En 1945, le macédonien vient tout juste d’être reconnu comme langue littéraire, après des siècles où l’écrire était interdit.

Le poème raconte donc quelque chose de très concret : une langue qui sort de la pierre.

1944

Il avait vingt et un ans, il était partisan dans la résistance yougoslave, blessé au combat. C’est là qu’il écrit Poèmes, le tout premier livre publié en macédonien moderne.

Fonder une littérature n’est pas une image : il fallait fixer une orthographe, forger un vocabulaire, décider de ce qu’un vers macédonien pouvait être. Il a fait cela en écrivant.

Du soleil noir

Sa maturité est ailleurs, et elle est sombre. Le cycle « Soleil noir », « Sang abyssal », « Non-être », « Cinéremancien », « Complainte d’au-delà de la vie » : une poésie minérale, pleine de pierres, de cendres, de nœuds et de racines.

C’est l’une des œuvres les plus dures des Balkans, et elle ne doit rien au surréalisme français dont on l’a parfois rapprochée : elle vient d’un pays de karst, de tremblements de terre et d’occupations successives.

Après

Il a traduit Shakespeare, Rostand, Corneille et Aimé Césaire en macédonien, dirigé des maisons d’édition, présidé l’Académie, et fini ambassadeur au Sénégal — d’où sa rencontre avec Senghor.

Il est mort à Skopje en 1982. Il est pour la Macédoine du Nord ce que Mistral est à la Provence : celui par qui une langue est entrée en littérature.

Choix de textes

Pour le lire

Poèmes (1944) — le tout premier livre publié en macédonien moderne, écrit dans la résistance.

Sang abyssal (1970) · Le Chercheur d’or · Arbre sur la colline.

En français : Anthologie personnelle et Naissance de la parole, chez Actes Sud et Le Bruit du temps.

Traducteur de Shakespeare, Corneille et Aimé Césaire en macédonien.

Guillain Méjane

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