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Georges Fourest — Celui qui a pris la poésie au sérieux en s’en moquant

Georges Fourest — Celui qui a pris la poésie au sérieux en s’en moquant

1864 — 1945

Dans leur cercueil de fer blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés

Sardines à l’huile

Une boîte de sardines. Un cercueil de fer-blanc. Des décapités « pareils aux guillotinés là-bas au champ des navets ». Puis, brusquement, la mémoire des mers qu’elles ont vues, les côtes grises de Thulé, les brumes argentées.

C’est une farce, et c’est un vrai poème. Il n’a jamais cessé de faire les deux à la fois, ce qui est beaucoup plus difficile que de faire l’un ou l’autre.

La Négresse blonde

Son livre paraît en 1909 et devient un objet de culte. Le titre ne veut rien dire, ce qui est le programme. On y trouve des « pseudo-sonnets » — pessimiste, africain, gastronomique, asiatique, ou « que les amateurs de plaisanterie facile proclameront le plus beau du recueil ».

Il y démolit les grands sujets en les traitant exactement comme il faut : son Iphigénie et son Carnaval de chefs-d’œuvre parodient la tragédie et la peinture avec une compétence que seul possède quelqu’un qui les aime.

Ce qu’il a rendu possible

On le range parmi les fantaisistes, avec Toulet et Pellerin. C’est un peu court. Il y a chez lui une invention verbale, un goût du calembour savant et une cruauté froide qui vont beaucoup plus loin.

Queneau l’a lu, Prévert l’a lu, le Collège de ‘Pataphysique l’a annexé. Sans La Négresse blonde, ni les Exercices de style ni une bonne partie de l’Oulipo n’auraient eu de précédent français.

Un avocat qui ne plaidait pas

Avocat de formation, il n’a jamais exercé. Rentier, bibliophile, il a passé sa vie à lire et publié deux livres en quarante ans — La Négresse blonde, puis Le Géranium ovipare en 1935.

Il est mort en 1945. Il n’avait rien fait d’autre, et c’était bien assez.

Choix de textes

Pour le lire

La Négresse blonde (1909) — le livre-culte, réédité sans interruption depuis.

Le Géranium ovipare (1935) — le second, et le dernier.

Guillain Méjane

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