
Épilogue – Albert Giraud

Pauvres yeux douloureux, fatigués par les veilles,
Usés par leur folie et rougis par les pleurs,
Dont les jeunes rayons, comme un essaim d’abeilles,
Jadis de fleur en fleur se gorgeaient de couleurs ;
Miroirs éblouissants de ces fêtes étranges
Où le sang répandu se mêle aux vins cruels,
Qui gardez dans vos eaux le sourire des anges
Vaincus par la beauté des démons sensuels ;
Chasseurs vêtus d’or noir et de flammes avides,
Nuit et jour à l’affût dans les halliers païens,
Qui sur le doux gibier des prunelles candides
Déchaîniez vos mauvais regards, comme des chiens,
Pauvres yeux orgueilleux, que fleurissaient les roses,
Où les soleils couchants agonisaient plus beaux,
Vous vous êtes brûlés à la splendeur des choses
Et vous avez mûri vos suprêmes flambeaux.
L’ombre s’amasse en vous, sournoise et vengeresse,
Et du luxe aveuglant de vos plaisirs royaux
Il restera ces vers, témoins de votre ivresse,
Et vous vous survivrez dans ces derniers joyaux.























